Prozac : une histoire ahurissante (partie 2)

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Chers amis de la Santé,

La semaine dernière, je vous ai raconté comment le Prozac a été autorisé, dans les années 1980.

Un cas de corruption à l’état pur, raconté par l’homme qui l’a organisé !

Mais la mise sur le marché d’un médicament n’était que la première étape.

Pour le laboratoire Eli Lilly, il fallait maintenant faire du profit.

Acte 5 : manipuler les médecins et le grand public

Gagner beaucoup d’argent avec un antidépresseur n’était pas chose facile, à l’époque.

Car les « vieux » antidépresseurs comme l’imipramine avaient un grave « défaut » : ils étaient réservés aux patients victimes de dépression sévère.

Il faut dire que leurs effets secondaires étaient graves et bien connus : surpoids et risque accru de diabète, notamment.

Seuls les psychiatres pouvaient donc les prescrire.

Résultat : ces médicaments faisaient gagner très peu d’argent aux laboratoires.

Le Prozac, lui, ne présentait pas les mêmes risques de surpoids et de diabète. Pour le laboratoire Eli Lilly, il y avait donc un vrai coup marketing à jouer.

Le moment était d’autant plus propice qu’une classe de médicaments très populaire venait de tomber en disgrâce.

Il s’agissait des médicaments contre l’anxiété : les tranquillisants (benzodiazépines) comme le Valium. Au début des années 1980, le grand public a commencé à réaliser qu’ils étaient addictifs. Quand les patients essayaient de les arrêter, ils subissaient d’affreux effets de manque.

Si Lilly parvenait à présenter le Prozac comme « efficace », « sans effet secondaire majeur » et « non addictif », le succès pouvait être fulgurant !

Car cette fois, on ne s’adressait plus à un public restreint de vrais « dépressifs »… mais à tous ceux qui ne « se sentent pas bien » à un moment de leur vie… donc à peu près tout le monde !

Et c’est ce qui s’est passé.

Une campagne médiatique sans précédent a été réalisée par la firme en faveur du Prozac.

Dès 1989, un grand journal comme le New York Magazine titrait « Au revoir, le blues – un nouveau médicament miracle contre la dépression ».

Et les autres médias suivirent.

En 1990, le journal Newsweek consacra sa couverture au nouveau médicament, avec ce titre : « Prozac : un médicament révolutionnaire contre la dépression ».

À l’intérieur, on pouvait lire que d’innombrables patients se sentaient « mieux que bien » grâce au Prozac.

C’était la « pilule du bonheur », qui effaçait toutes les misères de l’existence.

Devant le succès commercial fulgurant du médicament, d’autres laboratoires pharmaceutiques ont rapidement commercialisé leur « équivalent » du Prozac.

À partir de là, Big Pharma dans son entier n’avait plus qu’un seul objectif : élargir la définition de la « dépression » pour permettre la prescription d’antidépresseurs à un public beaucoup plus large qu’auparavant.

Des associations de malades ont été créées et financées par les labos pour faire pression sur les autorités de santé. De grandes campagnes officielles d’informations ont été lancées, financées par l’industrie pharmaceutique.

Il fallait dire et redire que la dépression était « sous-diagnostiquée » et « insuffisamment traitée ».

Cela a marché… au delà des espérances !

En 1992, les ventes du Prozac atteignirent le milliard de dollars. Une très bonne nouvelle pour les labos… mais beaucoup moins pour les patients.

Acte 6 : stigmatiser les adversaires

Problème : les effets indésirables qui avaient été soigneusement « maquillés » dans les études devaient forcément ressortir un jour ou l’autre.

Dès 1990, un article rédigé par des chercheurs de l’Université de Harvard a révélé des cas d’akathisie provoqués par le Prozac1.

Je rappelle que l’akathisie est un état d’agitation extrême, propice au suicide et à la violence. Celui qui en est victime devient la proie d’impulsions violentes… qu’il met parfois à exécution, dans un état de désinhibition affective à peu près total.

Évidemment, sur la masse de patients qui a commencé à prendre des antidépresseurs, cela a commencé à faire des dégâts : beaucoup de suicides, et beaucoup de violences.

En 1990, on comptait déjà 44 procès intentés à Eli Lilly à ce sujet.

En septembre 1991, la FDA s’est sentie obligée d’organiser une grande audition publique, au cours de laquelle les parents de victimes décrirent de façon déchirante comment leurs proches avaient commis des actes de violence insensés et inexplicables… peu de temps après avoir pris du Prozac.

Mais Eli Lilly se défendit becs et ongles. Les « experts » du labo expliquèrent que ces comportements étaient la conséquence de la maladie, pas du médicament.

Il a fallu attendre encore 10 ans pour qu’une étude menée par le psychiatre britannique David Healy prouve le contraire… en montrant que ce type de médicament provoque des pensées suicidaires… chez des patients ne souffrant pas de dépression !

L’exemple de Traci Johnson est particulièrement éloquent. Cette patiente ne souffrait pas de dépression (ni du moindre problème mental) mais s’était portée volontaire pour tester une nouvelle molécule proche du Prozac… On l’a retrouvée pendue, dans les locaux même de Eli Lilly.

Au total, le psychiatre David Healy a évalué à plus de 40 000 le nombre de suicides provoqués par le Prozac de 1987 à 2004, sur les 40 millions de personnes qui en avaient pris2.

Même chose pour les antidépresseurs de cette famille des ISRS3 (Zoloft, Paxil, etc.). À la fin des années 2000, le Dr Healy a conclu que « dans les essais cliniques, le risque de suicide est 2 à 2,5 fois plus élevé avec ces antidépresseurs que sous placebo »4.

Mais dans les années 1990, on n’avait pas tous ces chiffres. Et savez-vous comment Eli Lilly a réussi à retourner la situation médiatique ?

D’abord, comme d’habitude, en trouvant suffisamment de médecins pour dire tout le bien qu’ils pensaient du Prozac : « efficace » et « sans danger », répétaient-ils sur tous les tons, sur tous les plateaux de télé.

Mais de façon beaucoup plus habile, ils réussirent à présenter les adversaires du Prozac comme de dangereux extrémistes !

Ils expliquèrent que les patients qui se plaignaient étaient manipulés par… la Scientologie !

Et oui, sous prétexte que cette secte américaine s’était prononcée contre le Prozac, tous ceux qui critiquaient ce médicament étaient forcément de dangereux farfelus, « anti-psychiatrie » !

Et pendant longtemps, on a assimilé tous ceux qui critiquaient les antidépresseurs à des ennemis de la science (un peu comme ceux qui critiquent les excès de la vaccination).

Dernier acte : préserver les profits

D’un point de vue commercial, donc, le Prozac a été un succès éblouissant pour Eli Lilly.

Mais cela ne dure jamais éternellement.

En 1999, le brevet que possédait Eli Lilly sur cette molécule arrive à son terme… et n’importe qui pouvait en faire un médicament « générique » !

Fini, donc les super-profits… à moins de trouver une astuce ! Et cette astuce, les « marketeurs » de Lilly n’ont pas tardé à la trouver.

Ils ont décidé de recycler la même molécule… sous un autre nom… et pour une autre maladie !

Et c’est ainsi que Lily a développé le Sarafem, un nouveau médicament censé lutter contre une maladie inventée pour l’occasion, le « trouble dysphorique prémenstruel ».

Contrairement au Prozac, c’était une pilule couleur lavande, et non pas jaune… mais à l’intérieur, c’était exactement la même molécule !

Simplement, elle était vendue deux fois plus cher que le Prozac, et quatre fois plus cher que le générique. Avec comme cible des dizaines de millions de femmes, qui devraient prendre le médicament 8 jours par mois pendant des années.

Encore une belle entourloupe, qui a fait gagner des milliards à la firme.

Ainsi va la vie, dans le monde merveilleux des affaires de Big Pharma.

Bonne santé,

Xavier Bazin

Sources

[1] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/2301661

[2] Voir David Healy, Let them eat Prozac.

[3] ISRS : inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine

[4] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16194787

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